CULTURE/ MASA 2026 : QUAND L'ART TRIOMPHE ET QUE LA CRITIQUE LUTTE POUR EXISTER

Photo: cérémonie d'ouverture MASA 2026

Samedi 11 avril, à la nuit tombée, quelque part entre les lumières vibrantes du Palais de la Culture et les pulsations humaines d’Abidjan, la magie opère. Le MASA 2026 s’impose, une fois de plus, comme une fresque vivante où l’Afrique se raconte, se danse, se chante et se revendique.

En effet, sur scène, les corps parlent avant les mots. Les pays invités s'illuminent avec leurs cultures singulières comme la kapoyera brésilienne. Les rythmes, eux, n’ont pas besoin de traduction. Danse contemporaine, théâtre engagé, musique urbaine ou traditionnelle, chaque prestation est une traversée, un dialogue entre héritage et modernité. Le MASA reste ce carrefour unique où les imaginaires africains se rencontrent sans filtre, avec audace et dignité.

Le décor est à lui seul un manifeste. Une ville stylisée, lumineuse, presque irréelle, plantée au cœur de la scène, comme pour rappeler que l’Afrique d’aujourd’hui est urbaine, jeune, créative et résolument tournée vers l’avenir. Mais au pied de cette architecture artistique, un autre spectacle se joue : celui du public. Dense, attentif, vibrant. Il ne consomme pas, il participe. Il vit.

Et pourtant.
Derrière cette réussite esthétique et culturelle indéniable, une dissonance persiste,  presque inaudible pour certains, mais criante pour d’autres, celle de l’accès et de la reconnaissance des acteurs de la médiation culturelle, notamment la presse et la critique d’art.

Car si le MASA est une scène pour les artistes, il est aussi, fondamentalement, une matière première pour les journalistes culturels, les chroniqueurs, les analystes. Ceux-là mêmes qui traduisent l’émotion en mémoire, qui donnent aux œuvres une seconde vie à travers les mots.

Cette année encore, les insuffisances liées aux accréditations presse ont laissé un goût d’inachevé. Retards, manque de clarté dans les procédures, accès limités à certains espaces stratégiques, autant de freins qui interrogent. Comment couvrir efficacement un événement d’une telle envergure sans conditions de travail optimales ? Comment produire une critique d’art rigoureuse sans proximité avec les œuvres et leurs créateurs ?
La question dépasse le simple cadre organisationnel. Elle touche à une problématique plus profonde : la place accordée à la critique dans l’écosystème culturel africain. Trop souvent perçue comme secondaire, voire accessoire, elle est pourtant essentielle. Car sans regard critique, il n’y a ni recul, ni progression, ni mémoire structurée.

La 14 Édition du Marché des Arts et du Spectacle Africain d'Abidjan aura été, sans conteste, une réussite artistique. Une célébration puissante des identités africaines en mouvement. Mais pour atteindre pleinement son ambition internationale, il lui faudra aussi consolider son dialogue avec ceux qui racontent, analysent et archivent.

Parce qu’un festival ne vit pas seulement sur scène. Il vit aussi dans les regards qu’on porte sur lui. Et ces regards-là méritent, eux aussi, d’être accueillis à leur juste valeur.

Au fond, le MASA n’est pas seulement un marché des arts. C’est un marché des récits. Et aucun récit ne devrait rester à la porte.

                                                                                                                                                       Alex Adou
                                                                                                                                            Journaliste, critique d'art.


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