SOCIÉTÉ : À ABIDJAN, LA PLUIE NE TUE PLUS SEULE PLUTÔT NOS SILENCES AUSSI
À Abidjan, la pluie ne tombe plus simplement du ciel. Elle tombe désormais sur des blessures ouvertes, sur une ville essoufflée, sur des familles qui vivent chaque hivernage comme une condamnation silencieuse. Chaque année, les mêmes images reviennent avec une violence presque devenue familière : des maisons englouties par les eaux, des enfants emportés dans les caniveaux, des mères en pleurs devant quelques vêtements et matelas trempés, des routes transformées en fleuves boueux, des quartiers plongés dans le noir et dans l’angoisse. Et chaque année, la même question revient dans les maquis, les grains, sur les antennes radio, dans les gbakas, sur les réseaux sociaux : combien faudra-t-il encore de morts pour comprendre que ces drames ne sont plus naturels ? Car depuis plus de dix ans, les saisons pluvieuses se succèdent avec leur lot d’inondations, de déguerpissements, de noyades et de deuils. Les ministres changent. Les experts défilent. Les promesses s’accumulent. Mais la vil...









