CULTURE / PRIX CRITIQUE D'ART MASA 2026 : REMERCIER, C’EST AUSSI REGARDER ENCORE

Ce samedi 18 avril 2026, les rideaux se referment. Les projecteurs s’éteignent. Les corps, encore habités par le rythme, consentent enfin au silence. Et dans ce moment suspendu où le MASA 2026 s’efface lentement pour rejoindre la mémoire, une voix, la mienne se retrouve appelée à dire merci. Recevoir le Prix du Meilleur Critique d’Art de cette 14e édition sur la grande scène du MASA, n’est pas une victoire au sens ordinaire. C’est une secousse, une responsabilité. Une invitation à regarder encore, mais autrement. Car la critique d’art n’est pas un piédestal. C’est un point de passage. Ce prix ne consacre pas seulement un individu. Il rend visible une génération en train de naître, celle de la promotion Amadou Coulibaly, ministre de la communication, façonnée dans l’exigence, dans le doute, dans l’apprentissage rigoureux du regard. Quinze voix, quinze sensibilités, quinze manières d’habiter les œuvres sans jamais les réduire. Je pense à ces semaines d’immersion, à la densité des échanges, à la fatigue parfois, mais surtout à cette lente transformation intérieure : apprendre à voir au-delà de l’évidence. À écrire sans trahir. À questionner sans écraser. À cet instant, ma gratitude est d’abord adressée à celles et ceux qui ont rendu possible cette aventure. À Madame la ministre, Françoise Remarck, pour avoir porté avec lucidité et courage une vision où la critique d’art cesse d’être périphérique pour devenir structurante. À Abou Kamaté, Directeur Général du MASA pour avoir inscrit cette initiative dans l’histoire vivante du festival. À nos formateurs, Christian Guéï et Kouadio Mathieu, qui ne nous ont pas appris à juger, mais à comprendre, ce qui est infiniment plus exigeant. Je n’oublie pas mes camarades. Nous avons partagé bien plus qu’une formation : une épreuve du regard. Et si aujourd’hui, un prix distingue une plume, il est le reflet d’une intelligence collective, d’un espace de confrontation fertile, parfois inconfortable, toujours nécessaire. Mais au fond, ce remerciement ne serait pas complet sans évoquer celles et ceux qui donnent sens à toute critique : les artistes. À vous qui créez dans l’urgence ou dans la lenteur, dans le doute ou dans la certitude, dans le tumulte ou dans le silence, merci. Vous nous obligez à sortir de la facilité. Vous nous confrontez à ce que nous ne comprenons pas encore. Vous élargissez le monde. La critique ne vaut que par la qualité des œuvres qu’elle rencontre. Ce prix, je le reçois donc avec humilité. Non comme une fin, mais comme un seuil. Une ligne à ne pas trahir. Car écrire sur l’art, c’est accepter de rester en déséquilibre, entre admiration et exigence, entre proximité et distance, entre émotion et lucidité. Dans un contexte où les récits africains sont encore trop souvent filtrés, simplifiés ou déplacés, nous avons une responsabilité : écrire depuis l’intérieur, sans enfermement. Penser nos œuvres sans les isoler. Leur donner une voix sans parler à leur place. Alors oui, aujourd’hui je dis merci. Mais demain, il faudra continuer. Oui, Continuer à regarder avec honnêteté. Continuer à écrire avec rigueur. Continuer à déranger, parfois. Mais aussi, continuer à construire une mémoire critique digne de nos créations. Car si les scènes s’éteignent, le regard, lui, ne doit jamais se reposer. Le MASA 2026 s’achève. Mais la critique, elle, commence à peine. Alex Adou, Lauréat du Prix du Meilleur Critique d’Art MASA, Promotion Amadou Coulibaly.

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