MASA 2026 : LES 15 PLUMES CRITIQUES QUI REDESSINENT LE REGARD ARTISTIQUE AFRICAIN.
Ils n’étaient ni sur scène, ni sous les projecteurs. Et pourtant, leur présence au MASA 2026 marque un tournant décisif dans l’histoire des industries culturelles africaines.
Désormais, ils ne sont que quinze consciences critiques, quinze voix et quinze regards différents qui surgissent d’un processus de sélection exigeant, presque impitoyable : sur près de 300 candidatures, seules quinze ont été retenues, sept femmes et huit hommes. Une élite en devenir.
Pendant quatre semaines, dans une immersion aussi dense qu’exigeante, ces journalistes, professionnels des médias et étudiants ont été formés à l’école du regard. Sous la direction des formateurs Christian Guéï et Kouadio Mathieu, ils n’ont pas appris à simplement “aimer” ou “ne pas aimer” une œuvre. Ils ont appris à la lire, à la décortiquer, à la situer, à la confronter au monde. À en révéler les silences autant que les cris.
Le mardi 14 avril 2026, à la salle Christian Lattier du Palais de la Culture, leur présentation officielle au ministre de la Communication, porte-parole du gouvernement, parrain de cette promotion et au grand public du MASA, avait des allures d’acte fondateur. Ce n’était pas qu’une cérémonie. C’était une déclaration. Celle d’un festival qui comprend, enfin que l’art, sans regard critique, s’épuise dans l’instant.
En effet, un projet porté par madame Françoise Remark, ministre de la Culture et de la Francophonie et par Monsieur Abou Kamaté, Directeur Général du MASA. Cette initiative s’inscrit comme une réponse lucide à un manque longtemps ignoré, l’absence d’une critique d’art structurée, capable d’accompagner la montée en puissance des industries culturelles et créatives (ICC) africaines, plus particulièrement Ivoirienne.
Car au fond, que représentent ces quinze critiques d’art ?
Ils sont d’abord des médiums comme souligné par leur parrain mais aussi des passeurs. Dans un continent où les œuvres dialoguent avec des réalités multiples, au plan social, politique et spirituel, les critiques d'art traduisent l’invisible, rendent lisible l’implicite, rapprochent l’artiste du public. Ils démocratisent l’accès à des formes parfois jugées hermétiques, et donnent au spectateur les clés d’une compréhension plus profonde.
Ils sont ensuite des vigies. Leur rôle n’est pas de flatter, mais d’interroger. De questionner les choix artistiques, de pointer les audaces comme les failles. Dans des festivals africains en pleine mutation, cette exigence critique devient un moteur d’élévation. Elle oblige à sortir du confort, à refuser la complaisance.
Mais leur rôle va encore plus loin.
Dans les ICC, la critique d’art agit comme une force de structuration. Elle hiérarchise, contextualise, valorise. Elle transforme une œuvre éphémère en objet de réflexion durable. Elle crée de la mémoire là où il n’y avait que de l’instant. Elle inscrit le Marché des Arts du Spectacle Africain d'Abidjan dans une continuité, dans une histoire pensée, écrite, archivée.
Et dans un contexte où l’art africain est encore trop souvent raconté par d’autres, ces critiques incarnent une reconquête. Celle du récit. Celle du regard. Celle de la parole.
Ils écrivent l’art depuis l’intérieur.
Ils refusent les grilles d’analyse importées sans nuance. Ils proposent une lecture enracinée, consciente des dynamiques locales mais ouverte aux dialogues globaux. Ils déconstruisent les clichés, déplacent les lignes, redéfinissent les cadres.
Pour les festivals africains, leur présence est un tournant stratégique. Elle renforce la crédibilité, nourrit les archives, et surtout, installe une culture de l’évaluation qualitative. Un festival qui accepte d’être critiqué est un festival qui accepte de grandir.
Au MASA 2026, cette dynamique prend une dimension supplémentaire : au terme du festival, un prix sera décerné au meilleur critique d’art de cette première promotion. Une reconnaissance qui dépasse l’individu. Elle consacre l’émergence d’un corps critique africain, structuré, visible, légitime.
Mais au-delà des concepts, il y a une réalité plus intime.
Faire partie de cette première promotion, c’est porter une responsabilité. Celle de poser les premiers mots d’une histoire qui reste à écrire. Celle de ne pas trahir les œuvres par facilité. Celle de regarder avec honnêteté, d’écrire avec exigence, de penser avec liberté.
Car la critique d’art, au fond, n’est pas un exercice de jugement. C’est un acte de présence. Présence à l’œuvre. Présence au monde. Présence à soi.
La 14è Edition du MASA 2026, n’a pas seulement célébré la création. Il a fait naître une conscience. Une intelligence collective capable d’accompagner, de questionner et de faire grandir l’art africain dans sa pluralité.
Et dans le vacarme des applaudissements, il faudra désormais compter avec ces voix-là. Celles qui, dans l’ombre, donnent à la lumière toute sa profondeur.
Vivre la critique d'art, promotion Amadou Coulibaly.
Par Alex Adou.


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