ENVIRONNEMENT · ABIDJAN GREEN AFTERWORK: LA TRANSLATION ÉCOLOGIQUE IVOIRIENNE AU CŒUR DES ECHANGES

Par Alex Adou Le Goethe-Institut d'Abidjan a accueilli, le jeudi 18 juin 2026, la deuxième édition du Green Afterwork, un rendez-vous citoyen mensuel initié par l'Association Tache d'Encre et Green Cool, en partenariat avec l'Association pour la Promotion de l'Économie Circulaire en Côte d'Ivoire (APEC-CI). Pendant près de deux heures, experts, représentants de l'État, acteurs de la société civile et militants écologistes ont confronté leurs idées autour d'une question essentielle : quelles actions concrètes pour réussir une transition écologique juste et inclusive en Côte d'Ivoire ? Avant même l'ouverture du panel, la journée avait pris une dimension pédagogique. Dès 15 heures, Brice Gbessi, expert en économie circulaire et président de l'APEC-CI, a animé une session de formation consacrée au tri, au compostage et à la valorisation des déchets. La rencontre a également été marquée par la « Fresque du plastique », animée par l'activiste environnemental Evrard Guéi, offrant aux participants une approche participative des enjeux liés à la pollution plastique. Faire de la gestion des déchets une opportunité économique Pour Brice Gbessi, la prévention et la réduction des déchets constituent des solutions efficaces et durables. Selon lui, le compostage représente une pratique accessible aussi bien aux ménages qu'aux entreprises, tandis que le tri des emballages constitue une véritable manne financière pour les collectivités territoriales. L'expert venu de France a insisté sur la nécessité pour l'État ivoirien d'investir davantage dans les infrastructures modernes de traitement des déchets. Centres de tri, unités de valorisation organique, bio-méthaniseurs ou encore installations d'incinération figurent parmi les outils indispensables à la modernisation du système national de gestion des déchets.
« Nous devons tous être acteurs et non spectateurs », a-t-il lancé, estimant que la mobilisation des citoyens et des acteurs locaux est indispensable pour construire un plaidoyer fort à destination des décideurs politiques et administratifs. Entre ambitions gouvernementales et réalités du terrain Autour du panel se sont réunis le Dr Aboua Gustave, Directeur de la Transition écologique au ministère de l'Environnement, Sarah Guerois, coordinatrice d'une ONG engagée dans la protection des chimpanzés, Marc Anthelme Kouadio, géomaticien spécialiste des forêts, Walas Coulibaly, fondateur du Jardin de Zoey, ainsi que Tala Nwafeu Mefeu, ingénieur en télécommunications. Prenant la parole, le Dr Aboua Gustave a rappelé les ambitions du gouvernement ivoirien inscrites dans les Contributions Déterminées au Niveau National (CDN 3.0). Le pays entend réduire de 33,07 % ses émissions de gaz à effet de serre d'ici 2035. Il prévoit également de convertir progressivement son parc automobile public vers l'électrique, avec un objectif de 12 % d'ici 2030 et de 50 % à l'horizon 2050. À Abidjan, l'aménagement de pistes cyclables accompagnant le futur Bus Rapid Transit (BRT) fait partie des projets annoncés. « Le développement durable est l'état recherché et la transition écologique constitue l'outil pour y parvenir », a résumé le responsable ministériel. L'économie circulaire déjà en marche Brice Gbessi a également rappelé que l'économie circulaire ne relève plus du simple discours en Côte d'Ivoire. Un plan national de déploiement couvrant la période 2023-2027, doté d'un financement de 25 milliards de francs CFA, est déjà en cours d'exécution. Sur le terrain, Walas Coulibaly, fondateur du Jardin de Zoey, a démontré que l'économie circulaire se vit au quotidien. Compost issu des déchets de restaurants, terre récupérée dans les caniveaux, production maraîchère revendue aux riverains : autant d'exemples qui illustrent la transformation des déchets en ressources. « L'économie circulaire, nous la trouvons partout où il y a de l'activité humaine », a-t-il affirmé. Réconcilier conservation et communautés locales L'un des moments les plus marquants de la soirée a été l'intervention de Sarah Guerois, engagée dans la réhabilitation des chimpanzés dans la forêt classée de Yapo-Abbé. Elle a expliqué comment son organisation parvient à transformer d'anciens braconniers et cueilleurs clandestins d'escargots en gardiens de la forêt rémunérés grâce notamment aux mécanismes de compensation carbone des entreprises. Pour elle, la protection de la biodiversité ne peut être dissociée des réalités sociales. « On ne fera rien sans les communautés », a-t-elle insisté, tout en regrettant que les questions environnementales demeurent encore « le parent pauvre » des priorités nationales. Le méthane, l'angle mort de la politique climatique Intervenant par contribution vidéo, Mawuena Goka, de l'ONG régionale Greener Impact International, a attiré l'attention sur un enjeu souvent négligé : les émissions de méthane. Selon lui, la Côte d'Ivoire se prive d'importantes opportunités économiques et environnementales en ne valorisant pas suffisamment ce gaz issu des activités pétrolières et gazières. Le méthane, deuxième gaz à effet de serre après le CO₂, contribue également à la formation de l'ozone troposphérique, associé à plusieurs maladies cardiovasculaires et respiratoires. Intelligence artificielle, énergie et mobilité douce Ingénieur IT et Télécom, Tala Nwafeu Mefeu a soulevé la question du coût énergétique de l'intelligence artificielle. Il a plaidé pour un recours accru à l'énergie solaire dans un mix énergétique ivoirien encore dominé à près de 60 % par le gaz. À travers une vidéo, l'activiste Yasmine Diawara, plus connue sous le nom de « La Go à Vélo », a défendu la mobilité douce comme un levier de développement climatique, économique, sanitaire et social. Elle a notamment cité une enquête de l'UNICEF selon laquelle 54 % des 5 000 personnes interrogées considèrent l'insécurité routière comme le principal frein à l'usage du vélo en Côte d'Ivoire. Un public engagé dans le débat Les échanges avec la salle ont permis d'aborder plusieurs préoccupations, notamment l'utilisation croissante des pesticides chimiques dans l'agriculture. La journaliste Marina Kouakou, rédactrice en chef d'Influence Mag, a rappelé que cette situation découle avant tout du manque d'alternatives accessibles pour les producteurs. D'autres participants ont questionné l'avenir des bus électriques universitaires ou encore les mécanismes de régulation des grandes monocultures agro-industrielles. Quand le dessin de presse immortalise les débats Pendant que les discussions se poursuivaient, une autre forme de témoignage prenait vie sous les traits du caricaturiste Karlos, membre de l'Association des Dessinateurs de Presse de Côte d'Ivoire Tache d'Encre. Crayon en main, il a croqué en direct les intervenants et les temps forts du panel. Une tradition désormais installée du Green Afterwork, chaque édition se concluant par la réalisation d'une caricature originale. Vers des forêts villageoises financées par le crédit carbone En guise de conclusion, le Dr Aboua Gustave a appelé les populations à développer des forêts villageoises et des réserves naturelles volontaires susceptibles d'être financées grâce aux mécanismes du crédit carbone. Plus qu'une simple rencontre, cette deuxième édition du Green Afterwork aura mis en lumière une conviction partagée : la transition écologique ne pourra réussir qu'en associant l'État, les collectivités, les entreprises, les scientifiques et les citoyens. Une dynamique appelée à se poursuivre puisque la troisième édition du Green Afterwork est prévue le 1er juillet 2026 à AZK Live, à Cocody Blockhauss, en partenariat avec l'Alliance Africaine pour l'Économie Circulaire (ACEA), autour du thème : « L'avenir est circulaire : l'Afrique adopte cette innovation comme moteur de développement. » Les organisateurs ont également adressé leurs remerciements à Ghislain Coulibaly, initiateur du Green Afterwork, pour son engagement en faveur de la sensibilisation environnementale et du dialogue citoyen. Dans un contexte marqué par les effets grandissants du changement climatique, les échanges d'Abidjan rappellent une évidence : la transition écologique ne se décrète pas, elle se construit collectivement

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