LITTERATURE / MILA 2026: « DEMAIN SE CONJUGUE AU FEMININ », OU QUAND LA LITTERATURE INTERROGE LE POUVOIR DE TRANSFORMER L'AFRIQUE

Par Alex Adou, journaliste humanitaire, culturel et critique d'art Le jeudi 23 juillet 2026, la Bibliothèque Hortense Aka Anghui de Port-Bouët est devenue, le temps d'une journée, le carrefour des lettres africaines et de la pensée contemporaine. C'est dans ce haut lieu du savoir qu'a été officiellement lancée la 9ᵉ édition du Meeting International du Livre et des Arts associés (MILA), un rendez-vous qui, année après année, confirme son ambition de faire dialoguer les cultures, les imaginaires et les peuples. Pour ouvrir cette édition placée sous le signe du Gabon, les organisateurs ont fait un choix particulièrement significatif : donner la parole aux femmes à travers le panel de haut niveau des Rencontres Internationales de la Littérature Féminine et des Arts (RILIFA). Plus qu'une cérémonie d'ouverture, ce fut un véritable manifeste intellectuel. Au-delà du slogan, une interrogation sur l'avenir Le thème retenu, « Demain se conjugue au féminin », aurait pu se limiter à une formule séduisante. Il s'est finalement imposé comme une invitation à réfléchir à la place réelle de la femme africaine dans les mutations sociales, économiques, culturelles et politiques du continent. Autour du modérateur Carlos Idibouo, trois personnalités aux parcours inspirants ont nourri les échanges : Awaba (Côte d'Ivoire), Muetse Destinée Mboga (Gabon) et Angoran O. L. Marie-Laure (Côte d'Ivoire). Chacune, à travers son expérience d'écrivaine, de leader ou d'entrepreneure, a rappelé que le leadership féminin ne se décrète pas ; il se construit dans l'éducation, la création, l'engagement et la transmission. Mais la véritable richesse du panel résidait moins dans les réponses que dans les questions qu'il a fait émerger. Quelle image la femme africaine veut-elle construire d'elle-même ? Depuis plusieurs décennies, les combats pour les droits des femmes, l'égalité des chances et l'équité occupent une place centrale dans les débats publics. Pourtant, une interrogation mérite aujourd'hui d'être posée avec lucidité : quelle perception la femme africaine souhaite-t-elle donner d'elle-même dans la société moderne ? Cette réflexion dépasse largement les revendications juridiques ou politiques. Elle touche à l'identité, à la responsabilité et au vivre-ensemble. À certains moments, le discours militant peut donner l'impression que l'émancipation féminine ne peut s'accomplir qu'en opposition permanente à l'homme. Cette perception, qu'elle soit réelle ou amplifiée par les réseaux sociaux, nourrit parfois des incompréhensions. Or, le véritable défi n'est sans doute pas de construire une société où les femmes remplaceraient les hommes dans les espaces de pouvoir, mais une société où femmes et hommes deviennent des partenaires d'un même projet de civilisation. Le féminisme africain gagnerait ainsi à être davantage perçu comme une dynamique de transformation collective que comme une logique d'affrontement entre les sexes. La littérature comme laboratoire des futurs possibles C'est précisément là que la littérature retrouve toute sa puissance. Les écrivaines africaines ne racontent plus seulement des histoires ; elles écrivent les futurs possibles de leurs sociétés. Elles déconstruisent les héritages oppressifs, interrogent les traditions lorsqu'elles enferment, mais elles rappellent aussi les valeurs de solidarité, de famille, de dialogue et de transmission qui fondent les sociétés africaines. Le panel du RILIFA a ainsi démontré que la littérature n'est pas une simple activité artistique. Elle demeure un puissant instrument de transformation sociale. Les livres précèdent souvent les révolutions silencieuses. Une ouverture internationale porteuse d'espoir La présence de délégations venues du Canada, de la France, du Liban, du Gabon, du Burkina Faso, du Togo, du Tchad, du Rwanda, du Bénin, du Sénégal et de la Côte d'Ivoire confirme que le MILA dépasse désormais le cadre d'un simple festival littéraire national. Il devient progressivement un espace diplomatique où les cultures africaines dialoguent avec le monde et où les auteurs échangent leurs visions de l'avenir. Cette dimension internationale renforce la crédibilité d'un événement qui fait du livre un outil de coopération entre les peuples. Célébrer les talents africains La première journée s'est achevée par une cérémonie de distinctions qui est venue consacrer des parcours d'excellence. Hermine Mbana (Gabon) a reçu le Grand Prix RILIFA des Arts 2026, tandis que Muetse Destinée Mboga (Gabon) s'est vu décerner le Grand Prix des Lettres RILIFA 2026, récompensant ainsi son engagement en faveur de la littérature africaine. Ces distinctions rappellent que les récompenses littéraires ne célèbrent pas seulement des œuvres ; elles encouragent toute une génération d'auteurs à croire en la puissance des mots. Le MILA, un rendez-vous qui affirme son identité Prévu jusqu'au 25 juillet 2026, le Meeting International du Livre et des Arts associés poursuit ses activités en mettant cette année le Gabon à l'honneur. Cette réussite porte l'empreinte de Arsène Kouakou, commissaire général, et de Krépin Konan, commissaire général adjoint, dont l'engagement contribue à faire du MILA un rendez-vous majeur des arts et des lettres en Afrique francophone. La critique Le premier panel du MILA 2026 aura eu le mérite de replacer la femme au cœur du débat sans l'isoler de la société qu'elle contribue à construire. Le véritable avenir ne se conjugue ni exclusivement au féminin ni exclusivement au masculin. Il se construit dans l'intelligence des complémentarités. Si le thème « Demain se conjugue au féminin » a suscité autant d'intérêt, c'est précisément parce qu'il oblige chacun à repenser les rapports entre les genres, non sous l'angle de la rivalité, mais sous celui de la co-construction. Et si la littérature continue d'ouvrir de tels espaces de dialogue, alors le MILA confirme qu'il est bien davantage qu'un salon du livre : il est un laboratoire d'idées où s'écrivent déjà les premières pages de l'Afrique de demain. Alex Adou journaliste humanitaire, prix meilleur critique d'art MASA 2026.

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