DROIT DE L'HOMME / SIX AGENTS DE LA DAARA DÉTENUS AU BURKINA FASO : OÙ SONT-ILS AUJOURD'HUI ET POURQUOI LE SILENCE INQUIÈTE ?
Par Alex Adou
Le 24 août 2025, six agents civils ivoiriens en mission dans la zone de Tougbo, dans le département de Téhini, au nord-est de la Côte d’Ivoire, ont été interceptés par des individus se réclamant des Volontaires pour la défense de la patrie (VDP) burkinabè. Leur mission consistait à recenser des familles burkinabè ayant trouvé refuge en Côte d’Ivoire après les violences dans leur pays.
En effet, Il y a des affaires qui ne doivent jamais disparaître de l’actualité simplement parce que le temps passe. Celle des six agents ivoiriens de la Direction d’aide et d’assistance aux réfugiés et apatrides (DAARA) en fait partie. Bientôt un an d'attente sans nouvelles.
ILS ÉTAIENT SIX.
Gbalou Gbazaa Hugues Dimitry, Boya Kowokedo Zagnagnin Pacifique, Gonkado Tamila Ange, Goué Gbogbeu Jean Marc, Yao N’Goran Augustin et Boan Gueyo Aimé.
Des civils. Des agents chargés de données, de collecte, de protection et de transport. Des hommes qui, selon les informations disponibles, accomplissaient une mission liée à l'assistance aux réfugiés.
ET DEPUIS, UNE QUESTION DEMEURE : QUE SONT-ILS DEVENUS ?
De Tougbo à Ouagadougou : une affaire qui a changé de dimension.
Les premières informations faisaient état d'une interception à proximité de la frontière. Les agents auraient été conduits de force vers Moussokantou, côté burkinabè. Des témoins ont ensuite rapporté qu'ils auraient été transportés par hélicoptère. À ce stade, les circonstances exactes de leur transfert restent difficiles à établir de manière indépendante.
PUIS L'AFFAIRE A PRIS UNE DIMENSION DIPLOMATIQUE.
En septembre 2025, les autorités burkinabè ont confirmé leur arrestation. Le capitaine Ibrahim Traoré a affirmé que les six fonctionnaires avaient franchi la frontière et les a accusés d'activités d'« espionnage ». La partie ivoirienne a rejeté cette accusation, rappelant qu'il s'agissait de fonctionnaires civils en mission.
Une chose était alors devenue certaine : les six agents n'étaient plus simplement des personnes interceptées à la frontière ; ils étaient devenus des détenus au cœur d'une crise diplomatique entre Abidjan et Ouagadougou.
Le gouvernement ivoirien avait indiqué privilégier la négociation et avait appelé les familles à la patience.
MAIS LA PATIENCE A SES LIMITES.
Sont-ils vivants ? La question que personne ne devrait esquiver
En décembre 2025, l'Agence ivoirienne de presse (AIP) rapportait encore que les six agents étaient détenus à Ouagadougou. Des prières interreligieuses avaient même été organisées à Bouna pour demander leur libération. Source locale.
Mais nous sommes désormais en septembre 2026. Et le problème est là.
Je n'ai trouvé aucune information publique suffisamment fiable et récente permettant de confirmer leur libération. Je n'ai pas non plus trouvé de preuve permettant d'affirmer qu'ils sont morts.
Cette absence d'information ne signifie donc pas qu'ils sont décédés. Elle signifie quelque chose de plus inquiétant encore pour leurs familles : leur sort actuel reste insuffisamment documenté publiquement.
Dans une affaire de détention aussi longue, la première exigence humanitaire ne devrait même plus être la libération immédiate.
Elle devrait être beaucoup plus élémentaire : Prouvez-nous qu'ils sont vivants.
Une visite consulaire, une rencontre avec leurs familles, un accès médical indépendant, des avocats, ou simplement une preuve de vie récente et authentifiée permettraient déjà de lever une partie de cette angoisse.
QUE FAIT RÉELLEMENT L'ÉTAT IVOIRIEN ?
La Côte d'Ivoire ne peut évidemment pas tout dévoiler lorsqu'une négociation diplomatique est en cours. La discrétion peut être nécessaire. Mais la discrétion diplomatique ne doit pas devenir l'opacité institutionnelle.
L'État ivoirien devrait pouvoir répondre à quelques questions simples :
Où sont exactement les six agents ?
Sont-ils toujours détenus à Ouagadougou ?
Ont-ils été présentés devant une juridiction ?
Ont-ils été inculpés officiellement ?
Disposent-ils d'avocats ?
Ont-ils reçu des soins médicaux ?
Ont-ils pu communiquer avec leurs familles ?
Une visite consulaire ivoirienne a-t-elle été effectuée ?
Quelle est la dernière preuve de vie obtenue par Abidjan ?
Quelles démarches diplomatiques ont été engagées depuis décembre 2025 ?
Ces questions ne constituent pas une attaque contre le gouvernement. Elles sont la traduction normale du devoir de protection de l'État envers ses citoyens.
L'ÉGLISE CATHOLIQUE DOIT AUSSI FAIRE ENTENDRE SA VOIX (certains prisonniers sont de l'église catholique)
Face à une situation qui s'enlise, la mobilisation ne devrait pas être uniquement gouvernementale.
L'Église catholique de Côte d'Ivoire possède une capacité particulière de dialogue, de médiation et de mobilisation. Dans les crises africaines, les responsables religieux ont souvent été sollicités lorsque les canaux politiques devenaient difficiles. Il ne s'agit pas de demander à l'Église de se substituer à la diplomatie ivoirienne. Il s'agit tout simplement, de lui demander de jouer sa partition humanitaire.
Pourquoi ne pas envisager une démarche auprès des autorités religieuses burkinabè ? Demander une médiation des responsables religieux des deux pays n'est-elle pas possible ?
Pourquoi ne pas organiser une journée nationale de prière et de solidarité pour les six agents, dans toutes les paroisses ?
Pourquoi ne pas faire de leur situation une cause humanitaire transfrontalière plutôt qu'un simple dossier diplomatique ? Nous pensons que la question mérite d'être posée.
ET LES SCOUTS CATHOLIQUES DE CÔTE D'IVOIRE ? Le cas de Gbalou Gbazaa Hugues Dimitry, chef scout dans la région d'Abidjan- Cocody.
Les Scouts catholiques pourraient également jouer un rôle symbolique et citoyen.
Une mobilisation nationale, non partisane et non agressive pourrait être organisée autour d'un message simple :
« Six vies, six familles, une même espérance : ramenez-les à la maison. »
Veillées de prière, actions de solidarité avec les familles, sensibilisation des jeunes, campagne numérique contre la désinformation et appel à la protection des travailleurs humanitaires pourraient permettre de maintenir cette affaire dans l'espace public.
Mais une précaution est indispensable : ne pas transformer la campagne en guerre numérique contre le peuple burkinabè.
Les relations entre peuples ivoirien et burkinabè dépassent largement les tensions entre gouvernements.
Une frontière ne doit pas devenir une zone de non-droit
Cette affaire révèle également une autre réalité : la fragilité de la frontière entre la Côte d'Ivoire et le Burkina Faso.
La zone du Bounkani est confrontée de plus en plus à des tensions sécuritaires, à des mouvements de populations, à la criminalité transfrontalière et à la présence de groupes armés ou de VDP. L'AIP souligne notamment les préoccupations liées à la présence de VDP dans certaines zones frontalières et aux revendications territoriales qui y sont formulées.
Dans cet environnement, les missions humanitaires deviennent extrêmement vulnérables.
Mais une mission humanitaire ne devrait jamais être assimilée automatiquement à une opération d'espionnage simplement parce qu'elle recueille des informations.
Recenser un réfugié, ce n'est pas espionner. Identifier une famille déplacée, ce n'est pas préparer une guerre.
Évidemment, si les autorités burkinabè disposent de preuves d'activités illégales, elles doivent pouvoir les présenter dans un cadre judiciaire régulier.
Mais si ces accusations ne sont pas étayées, la détention prolongée de six civils devient une question majeure de droits humains et de respect des relations entre États voisins.
LE SILENCE EST PARFOIS PLUS VIOLENT QUE LES MOTS </b>
Ce qui inquiète aujourd'hui n'est pas seulement la durée de cette affaire. C'est le silence de tous.
Six hommes ont des familles. Ils ont des parents. Des épouses peut-être. Des enfants. Des amis. Des collègues. Des communautés qui attendent.
Derrière le mot « agents de la DAARA », il y a six destins humains.
Et lorsqu'une personne est détenue pendant des mois dans un autre pays, la famille a besoin de savoir si elle est vivante, si elle mange, si elle reçoit des soins, si elle dort dans des conditions dignes, si elle peut parler à ses proches.
La diplomatie ne devrait jamais faire disparaître l'humain.
Il faut maintenant une initiative nationale pour les six
Le gouvernement ivoirien doit intensifier ses démarches diplomatiques et obtenir, en priorité, une preuve de vie récente et vérifiable des six agents.
L'Église catholique pourrait proposer une médiation humanitaire et religieuse.
Les Scouts catholiques pourraient contribuer à une mobilisation citoyenne nationale.
Les organisations de défense des droits humains pourraient demander des informations sur leur statut juridique et leurs conditions de détention.
Les journalistes doivent continuer à poser les questions, sans fabriquer de réponses.
Et les familles doivent être placées au centre de cette mobilisation.
Parce qu'une affaire aussi grave ne peut pas simplement attendre que l'actualité passe à autre chose.
Six hommes ne doivent pas devenir six noms oubliés.
Au moment où l'on parle de souveraineté, de terrorisme, d'espionnage et de tensions diplomatiques, il faut aussi parler de dignité humaine.
La première question n'est pas de savoir qui a gagné la bataille politique entre Abidjan et Ouagadougou.
La question fondamentale est beaucoup plus simple : Où sont les six agents de la DAARA ? Sont-ils vivants ?
Et si oui, qu'attend-on pour permettre à leurs familles de les revoir ? Courage aux détenus et à toutes leurs familles respectives.
Le temps diplomatique peut être long.
Mais pour une famille qui attend un proche dont elle ignore le sort, chaque jour est une éternité.
Alex Adou, journaliste, consultant média et DH / activiste engagé du respect des droits humains.


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