LITTÉRATURE / SILA 2026 : UNE OUVERTURE ENTRE FERVEUR LITTÉRAIRE, DÉSORDRE LOGISTIQUE ET PROMESSES TENACES
Au Salon International du Livre d’Abidjan 2026, la littérature ivoirienne a tenté d’ouvrir grand ses portes à la 16 édition, mais non sans grincements.
Ce 28 avril 2026, au Parc des Expositions d’Abidjan, l’attente s’est étirée bien au-delà du raisonnable. Plus d’une heure trente de retard, imputée à une panne d’électricité, a installé un premier malaise : celui d’un rendez-vous culturel majeur qui peine encore à maîtriser ses fondamentaux logistiques. Et dans un événement où le livre se veut lumière, commencer dans l’obscurité et dans la chaleur n’est jamais anodin.
L’ouverture artistique, confiée au slameur Curtis, portait une promesse de verbe incarné. Mais cette énergie s’est heurtée à une défaillance technique persistante : son saturé, micros instables, perception brouillée. Le public, venu pour écouter, a dû parfois deviner. Dans un salon du livre, où le mot est roi, mal entendre relève presque de la contradiction.
Sur le plan institutionnel, la prise de parole de Charles Pemont, président des associations des éditeurs de côte d'ivoire a tenté de recentrer le débat sur l’essentiel, structurer la chaîne du livre et soutenir la production locale. Une intervention sobre, mais desservie par un environnement technique fragile.
Le thème de cette 16 édition "Lire pour bâtir" a trouvé un écho particulier dans la conférence du professeur Jean-Marie Kouakou de l'université de Cocody. Avec une clarté pédagogique, il a rappelé que sans écriture, il n’y a pas de lecture, et sans lecture, il n’y a ni liberté ni apaisement social. Une parole forte, presque militante, dans un contexte où la lecture reste un enjeu de transformation collective.
Mais, c’est en arpentant les stands que le SILA révèle son autre visage plus chaleureux, plus humain. L’ambiance y est indéniablement belle : éditeurs disponibles, échanges spontanés, curiosité palpable autour des ouvrages. La présence massive de collégiens et d’élèves insuffle une vitalité précieuse, signe que la relève est là, attentive, parfois émerveillée.
Pourtant, cette effervescence se déploie sans véritable boussole. Aucun plan clair ne permet de situer les différents stands, rendant l’orientation difficile, voire frustrante. Plus préoccupant encore, ces nombreux jeunes visiteurs, souvent livrés à eux-mêmes dans les allées, auraient gagné à être mieux encadrés, guidés, sensibilisés par les organisateurs et délégués accompagnateurs des établissements scolaires présents. Car, un tel espace ne devrait pas seulement exposer des livres, mais aussi éveiller des vocations, susciter le désir de lire, accompagner la découverte. L’enjeu est là : transformer une simple visite en expérience fondatrice. Pourquoi ne pas créer un prix du meilleur lecteur lycée ?
Côté distinctions, le palmarès met en lumière des trajectoires diverses. Le prix du meilleur club de lecture attribué à "Les femmes qui lisent" valorise l’engagement collectif autour du livre. Le prix Jeanne de Cavally distingue Assamala Amoi, "trésor perdu dans la ville" , confirmant la vitalité des Éditions Eburnie.
La mention spéciale du Grand Prix Bernard Dadié revient à Donassihi Coulibaly pour ''L’amour ne prie pas cinq fois par jour'', tandis que Maurice Bandama s’impose avec Sœur esclave, publié chez Présence Africaine, une œuvre qui confirme la puissance narrative et critique de la scène ivoirienne.
Dans la même envergure, le prix SILA de l’édition récompense quant à lui ''Marie-Thérèse Houphouët-Boigny, naissance d’une icône'' de Tabala Éditions, signe d’un intérêt croissant pour les figures historiques féminines.
Avec Bouaké, capitale de la région du Gbêkê, comme ville hôte, le SILA 2026 affiche une ambition de rayonnement national. Une orientation pertinente, mais qui exige en retour une rigueur organisationnelle accrue.
Et pourtant, malgré ces failles, quelque chose résiste. Les retrouvailles entre acteurs du livre, les rencontres inattendues, les discussions passionnées entre auteurs, éditeurs et lecteurs dessinent en creux la promesse d’un SILA hors norme. Une édition qui, si elle corrige ses insuffisances, pourrait bien s’imposer comme l’une des plus marquantes.
Car au fond, entre désordre et désir, le SILA 2026 rappelle une vérité simple : la littérature rassemble, encore faut-il lui offrir un cadre à la hauteur de son pouvoir.
Alex Adou.



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