SOCIÉTÉ / CES NUITS OÙ L'ON CHOISIT LA FÊTE AU DÉTRIMENT DE L'ENFANCE.
Il y a des silences qui crient plus fort que les musiques assourdissantes des nuits festives. Des silences lourds, posés sur les lèvres d’enfants plongés dans un sommeil artificiel, pendant que la ville danse. En même temps que les lumières clignotent, que les corps et les hanches s’agitent, que l’oubli devient une échappatoire, quelque part, dans une chambre à demi obscure, une vie fragile est suspendue à une décision.
Ce n’est pas seulement une dérive. C’est une fracture.
Comment en arrive-t-on là ? Comment une main censée protéger devient-elle celle qui administre le danger ? Il serait trop facile de juger. Trop confortable de pointer du doigt ces jeunes femmes où jeunes filles en les réduisant à l’irresponsabilité. Mais la réalité est plus rugueuse, plus inconfortable. Elle est faite de solitude, de fatigue chronique, de rêves interrompus trop tôt, de pressions sociales qui murmurent : “tu dois encore exister, tu dois encore vivre.”
Alors, certaines choisissent la nuit. Non pas contre leurs enfants, mais en fuyant, maladroitement, ce que la maternité leur impose sans filet : renoncements, isolement, charge mentale écrasante.
Mais fuyons-nous vraiment quand on met un enfant en danger ?
Il faut appeler les choses par leur nom, endormir chimiquement où donner de l'alcool à un enfant pour s’absenter n’est pas un compromis. C’est une mise en péril. Le corps d’un enfant n’est pas un terrain d’expérimentation. Il ne négocie pas avec les molécules. Il encaisse, parfois en silence. Parfois jusqu’au point de non-retour.
De même, ce drame discret révèle aussi nos défaillances collectives. Où sont les relais ? Où sont les solidarités de quartier, les tantes, les voisines, les petits frères et sœurs, les structures accessibles, les politiques publiques qui accompagnent réellement les jeunes mères ? Pourquoi la maternité devient-elle, pour certaines, une prison dont il faut s’évader au prix de l’inacceptable ?
Il ne s’agit pas d’opposer la fête à la responsabilité. Il s’agit de refuser que l’une écrase l’autre.
Réhumaniser cette question, c’est refuser deux pièges : la complaisance et la condamnation aveugle. Oui, ces actes doivent être dénoncés avec fermeté. Oui, la protection de l’enfant est non négociable. Mais la réponse ne peut pas être uniquement punitive. Elle doit être aussi sociale, éducative, communautaire.
En effet, parler, sensibiliser, accompagner. Créer des alternatives réelles. Réapprendre à faire communauté autour de celles qui élèvent seules, souvent dans l’ombre.
Parce qu’au fond, ce que ces nuits racontent, ce n’est pas seulement une envie de fête. C’est un cri mal formulé, celui de ne pas disparaître derrière le rôle de mère. Mais, un enfant ne doit jamais payer le prix de ce cri.
Courage aux jeunes mères mais vigilance.
Il est temps de rallumer les lumières là où elles comptent vraiment.
Alex Adou



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