SOCIÉTÉ / AFFAIRES MARITIMES : QUATRE ANS D'ATTENTE, 2 000 AGENTS À BOUT DE SOUFFLE
Plus de 2 000 agents réclament l'application d'un décret sur le logement et la revalorisation de leurs primes. L'arrestation de plus de vingt syndicalistes fait désormais monter la tension d'un cran.
Abidjan — Derrière les uniformes des Affaires maritimes, une frustration silencieuse s'est progressivement transformée en mouvement de contestation. Depuis plusieurs années, près de 2 000 agents réclament ce qu'ils considèrent comme un droit acquis : l'application effective de l'indemnité contributive au logement prévue par le décret n°2022-635 du 3 août 2022 ainsi qu'une revalorisation de leurs primes trimestrielles. Alors que le gouvernement a réussi à éviter une grève générale fin avril grâce à l'ouverture d'un cadre de concertation, le fond du problème demeure entier.
Un décret bien réel, mais toujours absent des fiches de paie.
Au cœur du différend figure le décret n°2022-635 portant indemnité contributive au logement en faveur des fonctionnaires et agents de l'État. Publié au Journal officiel et applicable à compter du 1er août 2022, le texte fixe les montants de l'indemnité selon les catégories et les grades des bénéficiaires.
Pour les agents en tenue, les montants prévus varient entre 70 000 FCFA et 110 000 FCFA selon les grades. Les administrateurs des Affaires maritimes et portuaires figurent parmi les bénéficiaires du taux de 110 000 FCFA, les officiers au taux de 90 000 FCFA et les contrôleurs au taux de 80 000 FCFA. Les agents de la Navigation maritime, des Pêches et des Ports sont quant à eux classés dans la catégorie bénéficiant de 70 000 FCFA.
Pour les syndicalistes, le problème est simple : le décret existe, mais son application tarde.
« Nous ne demandons pas une faveur. Nous demandons l'application d'un texte signé depuis 2022 », résume un responsable syndical.
Une revendication qui dépasse la seule question du logement.
Selon les informations recueillies auprès du SYNABEPAM, la question du logement n'est qu'une partie du malaise. Les agents dénoncent également la stagnation des primes trimestrielles malgré les performances affichées par le secteur maritime ivoirien. Dans les ports, sur les plans d'eau lagunaires ou lors des opérations de surveillance maritime, les agents estiment contribuer quotidiennement à la sécurisation d'un secteur stratégique pour l'économie nationale.
« Nous participons à la mobilisation des recettes, à la sécurisation des espaces maritimes et lagunaires et aux missions de contrôle. Pourtant nos conditions de rémunération évoluent peu », confie un agent sous couvert d'anonymat.
Pour les syndicats, la revalorisation des primes constitue une mesure de reconnaissance du travail accompli.
Une crise sociale évitée de justesse
Face à l'absence d'avancées jugées concrètes, le SYNABEPAM avait déposé un préavis de grève courant jusqu'au 29 avril 2026.
Les discussions menées avec la Direction générale puis avec l'Inspection générale n'ayant pas permis de déboucher sur un accord, les regards se sont tournés vers le cabinet du ministre délégué chargé des Affaires maritimes.
La rencontre du 28 avril 2026 a finalement permis d'éviter le pire. À l'issue des échanges, le syndicat a suspendu son mot d'ordre de grève et accepté l'ouverture d'un cadre permanent de concertation avec les autorités.
Cette décision a permis d'éviter une paralysie dont les conséquences auraient pu être importantes pour les activités maritimes et portuaires du pays.
Au-delà des chiffres, une question de confiance
Dans ce dossier, le véritable enjeu dépasse les montants réclamés.
Après plusieurs années d'attente, les agents veulent surtout obtenir des engagements précis, datés et exécutables. Beaucoup disent avoir participé à de nombreuses réunions sans constater d'amélioration concrète de leur situation.
« Le problème aujourd'hui n'est plus seulement financier. C'est aussi une question de confiance », explique un représentant syndical.
Au fur et à mesure que les années passent, le fossé semble se creuser entre les attentes des agents et les réponses administratives.
Le gouvernement face à un test social
Le ministère délégué chargé des Affaires maritimes a choisi la voie du dialogue pour désamorcer la crise. Cette stratégie a permis d'éviter une grève immédiate. Reste désormais à transformer les discussions en résultats concrets.
Pour les quelque 2 000 agents concernés, l'attente se mesure désormais en années.
Quatre ans après l'entrée en vigueur du décret sur l'indemnité contributive au logement, la question demeure la même : quand les engagements inscrits dans les textes se traduiront-ils effectivement sur les bulletins de salaire ?
C'est à cette interrogation que les prochaines négociations devront répondre si les autorités veulent éviter que la trêve sociale observée aujourd'hui ne se transforme demain en un nouveau bras de fer.
Pour l'heure, le secrétaire général du SYNABEPAM, Madjou Glé Henri Joël dénonce l'interpellation injuste de plus de 20 agents syndicalistes du mouvement de revendications en cours .
Par Alex Adou



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