SOCIÉTÉ : DÉMOLIR LES QUARTIERS PRÉCAIRES, LES MARCHÉS OU LES LIEUX DE CULTE EN PLEINE SAISON DES PLUIES : EST-CE VRAIMENT LA SOLUTION ?

À chaque saison pluvieuse en Côte d'Ivoire, le même débat ressurgit. Après les inondations, les éboulements et les pertes en vies humaines, les opérations de déguerpissement se multiplient. Les bulldozers entrent en action, les habitations tombent, les marchés disparaissent et parfois même des lieux de culte sont détruits au nom de la sécurité publique. Mais une question demeure : peut-on combattre la précarité en précarisant davantage les plus pauvres ? En effet, personne ne conteste la nécessité de protéger les populations installées dans des zones à risque. Lorsqu'un quartier est construit sur un bassin d'orage, un flanc de colline instable ou un passage naturel des eaux, le danger est réel, je l'ai même signifié dans un article ici. Mais attendre une catastrophe avant d'agir serait irresponsable. Cependant, la démolition ne devrait jamais être considérée comme une politique sociale. Elle ne règle qu'une partie du problème : celle qui est visible. Car derrière chaque maison détruite, il y a une famille. Derrière chaque marché rasé, il y a des commerçantes qui nourrissent leurs enfants grâce à leurs petites activités. Derrière chaque quartier déguerpi, il y a des travailleurs, des élèves, des personnes âgées qui n'ont souvent nulle part où aller. La vraie question est donc : où vont ces familles après le passage des engins ? Lorsqu'aucune solution de relogement n'est proposée, les populations déplacées se retrouvent souvent dans une situation encore plus vulnérable. Certaines s'installent dans d'autres zones précaires, recréant le problème ailleurs. D'autres rejoignent des proches dans des conditions de promiscuité extrême. Les plus fragiles basculent dans une pauvreté encore plus profonde. Une politique responsable devrait reposer sur trois piliers : Prévenir en identifiant les zones à risque bien avant la saison des pluies ; Reloger les familles concernées dans des logements décents et accessibles ; Accompagner socialement et économiquement les populations déplacées afin qu'elles puissent reconstruire leur vie. Il est également urgent de développer des logements sociaux adaptés aux revenus des ménages modestes. Beaucoup de familles ne vivent pas dans les quartiers précaires par choix, mais parce qu'elles n'ont tout simplement pas les moyens d'habiter ailleurs. La lutte contre les inondations ne doit pas opposer sécurité et dignité humaine. Un État fort protège les vies, mais il protège aussi les citoyens les plus vulnérables. À l'heure où les pluies continuent de tomber sur Abidjan et plusieurs villes du pays, la véritable victoire ne sera pas seulement de libérer les zones à risque. Elle sera de le faire sans abandonner les familles concernées à leur sort. La sécurité est une nécessité. Le relogement est une obligation morale. Et la dignité humaine ne devrait jamais être une victime collatérale de l'aménagement urbain. Alex Adou mon regard journalistique, critique et sociologique sur les défis de la saison pluvieuse en Côte d'Ivoire.

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